A la mémoire des 181 syndicalistes de Nantes victimes de la barbarie nazie

jeudi 11 février 2016

Allocution de l’Union Locale de Nantes le 11/02/2016

Chers Camarades,

Au nom de l’Union Locale Cgt de Nantes, je vous remercie de votre présence.
Le 15 janvier 1943, s’ouvrait à Nantes le procès dit “des 42”. En fait, ce seront 43 hommes et deux femmes qui seront jugés. 37 seront condamnés à mort. Il s’agit probablement du procès le plus meurtrier de l’occupation.

En 1942, les actes de résistance ce sont multipliés en Loire-Atlantique. Suite à une première vague d’arrestation lors de l’été 42, le réseau est reconstitué et les actions reprennent en novembre.

Avec la collaboration de Vichy, l’occupant nazi traque les résistants et organise la répression contre les Francs Tireurs et Partisans nantais.

Le démantèlement du nouveau réseau aboutira au “procès des 16” en août 43.
L’occupant veut terroriser la population et cherche à couper la résistance de tout soutien.

Tout au long de la guerre 39-45, avec 331 fusillés et près de 900 déportés politiques, la Loire-Atlantique a payé un lourd tribut à la répression durant les années d’occupation et de guerre.

Beaucoup d’entre eux étaient des militants de la CGT.

Pour beaucoup, la torture, la déportation ou la mort seront au bout du chemin.

Devant vous, 2 plaques, initialement posées en 1948 sur les murs de la Bourse du Travail, ont trouvé leur place logique, depuis 2010, sur les murs de l’actuelle Maison des Syndicats.

On peut lire sur ces plaques : L’Union Locale des syndicats confédérés de Nantes en hommage à ses martyrs victimes de la barbarie nazie. »

181 noms y sont gravés

Ces181 noms ne sont pas que des noms. Ils, elles étaient des gens ordinaires, des femmes, des hommes, souvent très jeunes, qui se sont dressés contre l’innommable. Ils, elles ne doivent pas être oubliés.

Pour certains d’entre nous, c’étaient des proches ou des aïeuls. Et, à ce moment, je pense particulièrement à Jean-Philippe, notre camarade, ancien secrétaire de l’Union Locale de Nantes, dont le grand-père Vincent MOIZAN est cité parmi ces 181 victimes de la barbarie nazie.

Ils étaient des résistants : Des hommes et des femmes de tous âges mais souvent jeunes voire très jeunes, la grande majorité sont mariés, ont un métier, une qualification et une vie de famille.

D’une façon générale, en tant que syndicalistes ils sont souvent bien placés pour créer des réseaux de renseignement ou de sabotage dans les nombreuses usines qui travaillent pour l’armement allemand. Leurs réseaux relationnels servent à drainer un certain nombre de militants vers les mouvements de résistance.

La prison, la torture par la Gestapo, l’exécution par fusillade ou décapitation, ou la déportation souvent sans retour dans les camps de concentration nazis sont le terme de leur action de résistant.

Certains se suicident pour ne pas parler sous la torture.

Nous savons maintenant que leur lutte et leur sacrifice n’ont pas été vains.

L’héritage de leur Résistance marquera durablement la vie politique française. A la Libération, la Résistance qui devait beaucoup aux salariés et à leurs organisations, permet l’application de l’essentiel du programme du Conseil National de la Résistance. Ce programme du Conseil National de la Résistance se réalisera notamment par le vote des femmes, la nationalisation des secteurs clés de l’économie et la création de la Sécurité sociale.

Tout cela fut possible dans une France ruinée en pleine reconstruction. Aujourd’hui alors que les profits n’ont jamais été aussi importants, nos gouvernants répondent aux exigences du patronat « en défaisant méthodiquement le programme du Conseil National de la résistance ».
Quelque soient les résultats de la bourse, nous faisons la terrible expérience que ce sont toujours les mêmes qui en pâtissent.

Les déréglementations du travail et la privatisation des services publics ont fait flamber les bourses. C’est le cœur même du système capitaliste qui est en cause.

Comme dans les années 30 qui a vu la montée du fascisme en Europe, le monde étouffe d’un excès de spéculation et d’une insuffisance de rémunération du travail, d’insécurité de l’emploi, terrain fertile du nationalisme.

Aujourd’hui, l’Europe et le Monde sont à nouveau rongés par le fanatisme et l’extrémisme.

C’est la perte de mémoire collective qui en est la cause, et les responsables en sont nos dirigeants qui s’allient avec les mêmes qui a une période sombre de notre Histoire ont mis en avant l’intérêt du capital, au détriment de l’Humain et de la République.

Rendre hommage à toutes les victimes de tous ces assassinats, quels qu’en soient les auteurs, est aujourd’hui une nécessité absolue.

On ne peut enseigner aujourd’hui l’histoire de ces crimes sans honorer la résistance à ces crimes et sans appeler à résister encore et toujours contre toutes les oppressions et discriminations.

Oui résister se conjugue au présent

Actuellement, les 5 d’Air France, les 8 de Good Year, les 8 d’Air France Madrid, et il y en a d’autres moins médiatisés, les innombrables salarié(e)s des innombrables entreprises qui perdent leurs vies à la gagner, et les syndiqué(e)s CGT de toutes les entreprises où les pressions, répressions et discriminations existent actuellement, sont à leurs niveaux les résistants d’aujourd’hui. Aussi, en hommage aux martyrs du nazisme d’hier et aux opprimés du patronat actuel, nous devons continuer les luttes qui nous libérerons du joug du colonialisme, du capitalisme et de leurs valets.

Les drames humains que nous vivons actuellement avec les montées de l’extrémisme religieux et l’extrémisme politique, nous ramènent malheureusement aux périodes sombres de notre histoire. Le patronat d’aujourd’hui est le fruit de ceux qui hier collaboraient ; à ce sujet les salarié(e)s ne sont pas, comme les patrons aiment à nous appeler, des collaborateurs.

Pour mémoire nombre d’industriels de l’époque de la 2ème guerre mondiale ont préféré, sur le dos des travailleuses et travailleurs, choisir le camp du profit plutôt que celui de l’humain. je n’énumérerai pas ici toutes les entreprises qui ont collaboré, et elles sont nombreuses : les banques, les entreprises métallurgiques et bien d’autres. C’étaient leurs patrons, les cagoulards bien évidemment, les collaborateurs. Certainement pas les travailleuses et les travailleurs. Alors de grâce, que personne ne nous appelle plus « collaborateurs ».

Nous sommes, je l’espère les dignes héritiers des camarades dont les noms honorent cette maison des syndicats















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