Allocution de Philippe Martinez lors de la cérémonie de Chateaubriant

mardi 22 octobre 2019

Il y a 78 ans, le 22 octobre 1941, au cœur de cette carrière de la sablière, 27 militants ont été assassinés par l’occupant nazi, sans autre forme de jugement qu’une désignation dans une liste de 61 noms fournie par les services du secrétaire d’état à l’intérieur, Pierre Pucheu, un patron français membre du gouvernement de Vichy.

Ils n’étaient pas seulement prisonniers, ils étaient des otages.

Le même jour et dans des conditions identiques, 16 autres camarades étaient fusillés à Nantes et 5 au Mont Valérien.

Deux jours plus tard, ils étaient 50 à être exécutés à Souges. Et le 15 décembre 1941, les nazis viennent encore prendre 9 otages au camp de Choisel pour les assassiner.

Ils n’avaient aucune vocation à devenir des héros. Ils venaient de tous les horizons, ouvriers, enseignants, médecin, artisans, étudiants. Le plus jeune d’entre eux avait 17 ans, il se nommait Guy Moquet, le plus âgé avait 58 ans son nom était Titus Bartoli.

Certains avaient été arrêtés et internés dès l’automne 1939 parce que militants communistes et pour la plupart militants CGT, d’autres avaient subi pour des causes similaires la répression du gouvernement de Vichy. Ils avaient un point commun, être considéré comme des « hommes dangereux » parce que vecteurs d’idées subversives.

Ils ont donné corps à l’esprit de résistance.

Leur tort, avoir refusé l’occupation allemande et s’être engagé dans le combat contre le nazisme. Leur faute, avoir comme idéal une France libre et un monde débarrassé de la folie hitlérienne. Ils avaient décidé de ne pas accepter d’être placé sous la botte fasciste, de se battre pour la liberté et la démocratie. Sur la route qui les conduisait à la mort, ils ont chanté la Marseillaise. Attachés au poteau d’exécution, ils ont gardé les yeux ouverts et regardé leurs bourreaux bien en face. Convaincus que leur mort ne servirai pas leurs assassins, ils ont transmis des messages d’espoir à leurs camarades, leur demandant de poursuivre le combat jusqu’à la victoire.

Ces hommes portaient en eux cette volonté indéfectible de construire un autre monde, plus juste et plus humain.

Lorsque Pétain changeait la devise républicaine, eux faisaient de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité les moteurs de leur combat. Ils étaient tous différents, mais une même force les habitait, celle qui donne à l’Homme toute sa grandeur.

Pourquoi ne faut-il surtout pas tourner le dos à l’histoire ?

Pourquoi faut-il alimenter en permanence la flamme de l’espoir que nous ont légué ces martyres ?

Parce que dans notre pays, celui des droits de l’homme, la liberté d’expression et le droit de manifester sont encore aujourd’hui maltraités. En cette années 2019 ont peut-être mutilé, placés en garde à vue, être gazés et même mourir pour avoir eu l’outrecuidance de s’opposer au pouvoir jupitérien.

Parce que, dans notre France, pays des lumières, des travailleuses et des travailleurs sur les chantiers du BTP, dans les cuisines des restaurants ou dans de grands hôtels sont tenu-e-s par le chantage et la menace d’être expulsé-e-s vers leur pays d’origine et privés du droit le plus élémentaire celui de résider librement dans le pays où ils vivent et travaillent.

Parce qu’en ce XXIe siècle, des femmes, des hommes, des enfants se jettent à la mer sur des embarcations de fortunes, traversent des montagnes en plein hivers, pour fuir la guerre, la misère, la faim, pour vivre tout simplement. Et c’est une capitaine de navire qui se retrouve menottée. Son seul crime est d’avoir secouru et ramené en Europe ces pauvres hères voués à la mort en méditerranée. C’est un agriculteur qui est traduit en justice. Sa seule faute est d’avoir accueilli, réchauffé et nourri des humains qui allaient périr dans le froid et la neige des cols alpins.

Oui, dans cette période, il est bon de rappeler que des résistantes et des résistants se sont dressé-e-s et ont donné leur vie pour la liberté, pour combattre la xénophobie, le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie et toutes les formes de discriminations. Elles et ils se sont levé-e-s pour la fraternité et la solidarité entre les peuples.

C’était il y a près de 80 ans et c’était hier.

Et pourtant certains voudraient tourner définitivement les pages de notre histoire et faire tomber dans l’oubli ces personnalités pétries de convictions qui n’ont pas abdiqués.

Soyons vigilant, le révisionnisme se cache partout et nous menace en permanence. Des programmes scolaires de nos enfants, jusque dans les textes européens, en passant par les soit disant experts qui ont caméras et micros ouverts à discrétions. La volonté de réécrire l’histoire pour mieux nous la faire oublier est une constante de tous ceux qui entendent briser toutes les formes de résistance à la doctrine néo-libérale.

Je voudrai profiter de cet instant pour adresser un salut fraternel et plein de reconnaissance à Odette Nilès, cette grande dame qui fut internées au camp de Choisel. Odette a eu la vivacité d’esprit de répondre sans attendre à ce journaliste qui a salit la mémoire de celles et ceux qui ont résisté et lutté pour la libération de notre pays du joug nazi et de la complicité du gouvernement de Vichy.

Odette a écrit : « C’est l’inculture qui conduit à l’ignorance, et l’ignorance qui conduit à l’oubli. Le négationnisme commence toujours ainsi : par un rire, par une moquerie ».

Odette a fait preuve par ce courrier de beaucoup de dignité et c’est sans haine qu’elle s’est adressée à ce prétendu journaliste malgré les propos affligeants qu’il a prononcé.

Elle n’a pas rédigé cette missive pour elle, malgré les souffrances physiques et mentales qu’elle a vécues.

Elle l’a écrite pour que jamais la mémoire de celles et ceux qui ont donné leur sang et leur vie pour la liberté ne soit salit.

Elle l’a écrite pour éclairer la jeunesse d’aujourd’hui, celles et ceux qui seront les femmes et les hommes de demain.

Elle l’a écrite pour contribuer à ce que nous soyons très vigilants car les monstruosités de cette période si douloureuse de notre histoire peuvent à tout moment resurgir. L’actualité nous en fait malheureusement la démonstration quasi quotidiennement.

Merci Mme Nilès, vous la Présidente de l’amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé Aincourt, vous avez une fois encore fait preuve de réactivité et de clairvoyance. Vous avez défendu l’honneur de celles et ceux à qui nous rendons hommage ce jour.

En cette période où l’ensemble des acquis sociaux issus du front populaire et du programme des jours heureux rédigés par le Conseil National de la Résistance sont attaqués par un gouvernement aux ordres du grand patronat et de la sphère financière, il est bon de faire quelques rappels historiques.

La sécurité sociale telle qu’elle fut pensée et conçue par des dirigeants politiques et syndicaux engagés dans la résistance. Notre système de retraite par répartition basé sur la solidarité intergénérationnelle et financé par le fruit du travail. Un code du travail protecteur et sécurisant ainsi que des conventions collectives fruits de nombreuses mobilisations et d’âpres négociations. Ces services publics qui répondent solidairement aux besoins de tous. Les comités d’entreprise, les droits syndicaux et la liberté de militer à l’entreprise.

Voilà la société que ces femmes et ces hommes ont pensé pour le futur alors qu’elles et ils risquaient leur vie. Ils résistaient et dans le même temps, ils œuvraient pour nous construire un monde meilleur. Ce sont ces piliers qui sont aujourd’hui menacés par les tenants du capitalisme et les pouvoirs politiques à leur botte.

Défendre ces acquis gagnés de haute lutte et se battre pour de nouvelles conquêtes sociales, voilà le meilleur hommage que nous pouvons rendre à ces combattants qui sont morts pour un monde meilleur.

Nous ne pouvons pas admettre que nos enfants, nos petits enfants n’aient comme perspective de vie que la précarité, l’injustice sociale dans une jungle économique basée uniquement sur le profit financier et l’alimentation outrancière de quelques actionnaires qui détiennent la quasi-totalité des richesses de la planète.

Nous ne pouvons pas tolérer que notre jeunesse connaisse une fois encore la mise en œuvre des théories fascisantes, celle de « l’invasion » ou du « grand remplacement » que des individus remplis de haines ont prononcé dans leurs discours nauséabonds, ceux qui se sont rassemblés le 28 septembre dernier.

Nous ne pouvons pas concevoir que l’Humanité soit menacée par la folie du capitalisme prédateur qui nous conduit droit vers un cataclysme environnemental. C’est pourquoi, la CGT fait de l’urgence sociale et de l’urgence climatique une seule et même bataille, celle qui garantira un avenir aux générations montantes et futures.

Nous ne pouvons accepter que des dirigeants de grandes puissances économique puissent laisser exécuter un peuple, je pense aux Kurdes mais aussi aux Rohingyas en Birmanie et à toutes les atrocités qui perdurent en ce siècle débutant.

La CGT a presque 125 ans d’existence. Ses militants et militantes en ont connu des épreuves.

Durant cette période si triste de l’histoire de notre pays, des femmes et des hommes ont subi l’exclusion, la prison, la torture, la déportation vers les camps d’extermination, les exécutions sommaires comme ici dans cette carrière. Leur courage, leur choix de résister, leur engagement sans faille ont fait que nous sommes toujours là debout et déterminés pour prolonger sans relâche leurs combats progressistes.

Chères et chers camarades, si nous sommes réunis aujourd’hui pour honorer la mémoire de ces victimes de la barbarie nazi et des collaborateurs de Vichy, c’est pour attester que, comme ils nous l’ont demandé, nous entendons être autant que possible, leurs dignes et fiers héritiers.















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