De la violence de classe

mercredi 7 octobre 2015

« Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclats de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continuent la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale. [...] Ainsi, tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité. »

Jean Jaurès, discours devant la Chambre des députés, séance du 19 juin 1906

Voilà où nous ramène le lynchage médiatique et politiciens contre les salarié-es d’Air France. La fin du 19ème ou le début du 20ème, voilà où veulent nous ramener les Valls, Macron et Gattaz, ainsi que leurs complices, notammentDe Juniac, l’incroyable PDG d’Air France.

Peut-on oser le dire ? Cette photo de patrons faisant pour une rarissime fois face (oui, une fois, sur dix mille) aux conséquences des décisions qu’ils prennent dans le confort feutré des conseils d’administration nous a fait rire hier matin. Le chœur des gens qui sont « aux responsabilités » (gouvernement, média, patrons, partis) se scandalise : ah mon Dieu, cette violence des travailleurs ! Mais la réalité, c’est que ceux qui ont vraiment perdu leur chemise aujourd’hui, ce sont les 2900 familles d’employés d’Air France qui vont se retrouver sans revenu, dans une des entreprises les plus enviées de France, et tous ceux qui se disent, en apprenant cette nouvelle, qu’ils seront les suivants sur la liste (les employés des agences bancaires qui vont fermer en masse, par exemple). Cette violence-là faite aux gens qui perdent tout, personne ne la prend en compte. Elle porte costume et parle bien. Envoie des circulaires et des lettres recommandées. Tue sans dire un mot plus haut que l’autre. Elle a le droit pour elle. Pourquoi courrait-elle le risque d’être impolie, grossière, physiquement violente ? Une lettre de licenciement ne l’est pas. Mais elle vous détruit. Condamne très souvent votre vie de famille, votre couple (c’est hélas statistique), vous coupe de la société, fait de vous un montré du doigt. Quant à ceux qu’on plaint aujourd’hui, une nouvelle chemise sur mesure ils achèteront, et c’est blindés et les poches pleines qu’ils quitteront un jour Air France.
Il faudrait redéfinir la violence. Il manque visiblement un gros bout à la définition… (merci à La Nuit/Le Jour)















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