Une affaire de gros sous ?

jeudi 24 novembre 2016

Et si le décès de trois patients au CHU de Nantes était le révélateur de la marchandisation des produits de santé ?

Ces trois patients hospitalisés dans un service d’hématologie pour recevoir une autogreffe de moelle en raison d’un lymphome sont décédés, semble-t-il, à la suite de l’injection d’un produit de chimiothérapie, le Cyclophosphamide qui remplaçait le produit habituel, le Melphalan.

La toxicité cardiaque de ce produit de substitution est connue, mais ce qui a surpris et qui reste un mystère à éclaircir, c’est la survenue consécutive de trois accidents en un même établissement. On serait donc à la fois dans le cas d’une rupture d’approvisionnement de la pharmacie de du CHU de Nantes et d’une tension en Europe sur l’approvisionnement de ce produit vendu sous le nom d’Alkeran. Le seul fabricant européen est en Italie et dépend de la multinationale GSK. Un produit pour lequel d’après l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), le phénomène des tensions d’approvisionnement et ruptures de stocks est "assez récurrent, pas nouveau".

Depuis des mois, les hôpitaux qui traitent ce type de pathologies cancéreuses ont alerté sur la difficulté de se fournir en quantité suffisante de Melphalan. En l’occurrence au CHU de Nantes, on devait procéder à cinq autogreffes, chacune requérant un conditionnement utilisant dix flacons de Melphalan. Or l’hôpital disposait de seulement 10 % des doses nécessaires ! Les médecins ont donc dû réserver ces doses à des patients qui ne pouvaient être traités autrement. "On se demande pourquoi on était en rupture de stock de cette molécule » interroge un délégué syndical CGT du CHU. Face à ces difficultés, il semblerait que l’ANSM soit intervenue auprès de l’importateur et en lui demandant d’augmenter les doses disponibles. Avec un certain succès puisque cette intervention aurait permis de récupérer six mille flacons de Melphalan ces dernières semaines pour les hôpitaux français.

La raison profonde de cette tension sur le marché ne semble pas relever d’un problème industriel, mais bien de considérations mercantiles. En effet ce fameux Melphalan vaut un peu moins de 100 euros le flacon en France, ce qui est déjà bien payé pour un produit vieux de trente ans. Mais il est vendu beaucoup plus cher dans d’autres pays, notamment aux Etats-Unis, jusqu’à 15 ou 20 fois ce prix.

Dans ce marché, c’est bien la loi de l’offre et de la demande qui prévaut sur les intérêts des populations.

http://www.ugict.cgt.fr/articles/actus/affaire-gros-sous















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