Intervention à la Veillée du Souvenir

samedi 22 octobre 2016

Allocution prononcée par Fabrice David, secrétaire de l’Union Départementale CGT de Loire Atlantique, le 21 octobre devant le monument en mémoire des 50 otages à Nantes

Il y a 75 ans, entre le 20 et le 22 octobre 1941, en représailles de l’exécution du Feldkommandant de Nantes, Karl Hotz, par un groupe de jeunes communistes, 48 otages tombaient sous les balles nazies à Châteaubriant, à Nantes et au Mont Valérien.

48 otages, triés sur le volet par le chef de cabinet du ministre de l’Intérieur de Pétain, l’homme du grand patronat Pucheu. Il désigne aux nazis les hommes à passer par les armes, parce qu’ils étaient des militants communistes, socialistes, gaullistes, des syndicalistes.

48 otages qui partageaient un idéal de paix, de liberté, de progrès social, qui combattaient l’asservissement des peuples, le fascisme et le nazisme

48 otages qui avaient décidé de ne pas capituler face à la barbarie,

48 otages qui avaient décidé de résister.

Et résister n’était pas un vain mot dans cette France trahie par un pouvoir politique qui avait sombré dans le déshonneur et l’indignité pour finir dans la plus dégradante collaboration avec l’ennemi. Alors que flottait la sinistre croix gammée sur la plupart des édifices de la France occupée, et alors que toute vie démocratique était interdite, des hommes et des femmes trouvèrent la force et le courage de lever le drapeau de la liberté, de la dignité.

Les nazis et leurs complices de Vichy voulaient, par cet assassinat collectif, terroriser la population et montrer à quoi s’exposent ceux qui engagent la lutte et osent résister. L’objectif était clair : distiller de la peur. Mais ce fût l’inverse qui se produisit. Les fusillades d’octobre 1941 marquèrent un tournant dans l’opinion publique française et internationale qui donna un nouveau souffle à la résistance naissante.

Ils constituèrent les comités populaires, premiers embryons de la Résistance intérieure, s’engagèrent dans la lutte armée, d’abord par petits groupes, puis constituèrent les maquis.

Mais la résistance, au-delà du combat armé, préparait également l’avenir. Elle était porteuse d’une vision de la société, plus juste, plus sociale, plus solidaire. Fondés par leurs combats d’avant-guerre, par les luttes victorieuses de 1936, nos camarades bâtirent un programme de mesures qui garantissaient à chacune et à chacun un niveau jamais atteint de droits et de protections sociales. Ce programme du CNR, les jours heureux, sera pour partie mis en application dès l’après-guerre et constituera les bases de notre Etat social. Le patronat, largement discrédité par ces actes zélés de collaboration, n’aura pu empêcher la mise en œuvre de cette avancée sociale majeure. Il n’aura, de cesse de le combattre et de le démanteler pierre après pierre, bien aidé en cela par les gouvernements successifs.

L’Histoire de la seconde guerre mondiale nous a appris que la passivité, voire la mansuétude quand ce n’est la collaboration envers les idéologies de l’obscurantisme peuvent conduire à la destruction de la liberté et au sommet de l’horreur.

Mesurons, à l’aune de cette histoire, combien il est nécessaire de combattre aujourd’hui l’idéologie de l’extrême-droite qui stigmatise, divise, rejette l’autre, attise les peurs. Mesurons combien un fascisme latent reprend corps en France et en Europe, alimenté, soit dit en passant, par des politiques économiques et sociales qui favorisent le capital et les marchés financiers au détriment de politiques de solidarité et de progrès social.
L’actualité récente liée à l’accueil de femmes, d’hommes et d’enfants qui fuient la guerre, la répression et la misère dans leur pays, doit particulièrement nous alerter. Comment dans notre pays des droits de l’Homme, qui a vécu l’horreur que nous évoquons aujourd’hui, pouvons-nous supporter que des coups de feu soient tirés sur des centres d’accueil comme ce fût le cas à Saint-Brévin dernièrement ? Comment peut-on tolérer qu’un élu de la République ose, dans sa ville de Béziers, lancer une campagne d’affichage des plus nauséabondes, digne de l’affiche rouge placardée par le gouvernement de Vichy ?

Le 75ème anniversaire de l’assassinat de nos amis, de nos camarades, fusillés pour leurs idées progressistes et leur engagement, doit aussi être une occasion de porter un message d’ouverture, de respect et de fraternité entre les peuples. Message qu’Isaac Newton résumait en ces mots : « les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts ».

Il est essentiel de transmettre cette mémoire aux jeunes générations pour que l’histoire de cette tragédie et surtout les causes qui y ont conduit soit connues et ne soient jamais répétées. Important également que cette histoire soit racontée le plus précisément possible par celles et ceux qui étaient les compagnons de combats de ces résistants. Comme le disait, non sans un brin d’humour, Howard Zinn : « tant que les lapins n’auront pas d’historiens, l’histoire continuera d’être racontée par les chasseurs ». Ne nous laissons pas déposséder par quelques usurpateurs qui souhaitent faire des résistants des objets de communication politique, alors que leur idéologie porte tout le contraire de leurs combats.

Le souvenir peut se déformer, s’édulcorer ou s’assombrir mais la mémoire, elle, doit s’émanciper de tout raccourcis, de décontextualisation ou d’imprécisions. Le travail du Comité du souvenir au travers de ces portraits des fusillés affichés tout au long du cours des 50 otages participe à ce devoir de mémoire. Je tiens d’ailleurs à remercier la ville de Nantes pour son soutien actif à cette initiative.

La presse titrait il y a quelques jours « les otages ont enfin un visage ». Oui, car pour beaucoup de nos concitoyens et particulièrement les jeunes générations, la 2nde guerre mondiale commence à se placer dans les pages jaunies de notre livre d’Histoire. Le cours des 50 otages n’étaient plus qu’un nom de rue. Il retrouve aujourd’hui, avec ces visages affichés, une nouvelle dimension politique et sociale, mêlant enseignement et humanité, cultivant l’esprit de résistance et d’engagement.

Guy Môquet nous laissa ce message plein de combativité et d’espoir « Vous qui restez, soyez dignes de nous ». Le meilleur hommage que nous pouvons rendre à ces hommes tombés pour notre liberté est de poursuivre leur combat.













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