Hébergement d’urgence, droit d’asile : déclaration de l’intersyndicale 44

lundi 16 avril 2018

Intervention intersyndicale - meeting du collectif des sans papiers de nantes mardi 10 avril 2018

Depuis 2014, L’intersyndicale CFDT, UNSA, Solidaires, CGT, FSU de Loire-Atlantique n’a cessé de revendiquer l’organisation d’une table ronde sur la question de l’hébergement d’urgence sans qu’aucune réponse ne nous soit apportée par la Préfecture.

D’expulsion en expulsion, les migrants se trouvent actuellement dans une situation très précaire. Même si La Ville de Nantes en mettant l’EHPAD Bréa à la disposition du collectif d’occupation a permis de rendre la tragédie des migrants dans notre ville moins visible.

L’intersyndicale exige que des solutions de logement soient immédiatement trouvées afin de mettre un terme à cette tragédie humanitaire qui se déroule sous nos yeux.

Une énième lettre à Mme la Préfète demandant une table ronde afin de trouver une réponse à l’enjeu majeur d’une prise en charge de l’accueil des personnes migrantes sur Nantes a dû partir hier signée de l’intersyndicale mais aussi de la Ville de Nantes et des collectifs et associations mobilisés.

L’intersyndicale revendique la mise en œuvre de l’hébergement d’urgence inconditionnel, le respect du droit d’asile…

Or, La circulaire Collomb a invité les préfets à faire le tri dans les centres d’hébergements entre titulaires d’un titre de séjour et les autres.

La préfète de Loire Atlantique, dans son intervention au JT de France 3 du 15 mars 2018 annonçait, sans aucune concertation, qu’elle allait proposer à la maire de Nantes de transformer l’Ehpad Bréa en centre d’accueil et d’évaluation des situations.

Seule la mobilisation de tous à permis que jusqu’au 31 aout , nous soyons assurés d’un hébergement inconditionnel dans ce lieu.

Le 30 mars, la ville de Nantes a annoncé que 100 places remplaceront les 120 places déjà insuffisantes de Bréa dans le cadre d’un centre d’hébergement d’urgence relevant de l’action sociale avec accueil inconditionnel et que 2 lieux respectivement de 25 et 20 places feront l‘objet d’un conventionnement avec l’association « une famille, un toit ».

Nous sommes loin de répondre aux besoins car les guerres, les persécutions, les famines, les pouvoirs autoritaires ou dictatoriaux conduisent de plus en plus de personnes à choisir l’exil vers l’Europe pour construire leur vie ou protéger leur famille.

D‘autre part, le projet de loi "pour une immigration maîtrisée et un droit d’asile effectif" fait l’unanimité contre lui : sous couvert de redonner toutes ses prérogatives au droit d’asile et tout particulièrement de traiter plus rapidement les dossiers des demandeurs, ce projet de loi a pour principale vocation d’obliger l’administration à dégrader la situation d’un très grand nombre de personnes étrangères, par un affaiblissement de leurs garanties et droits fondamentaux.

Dans une période où l’état souhaite détruire les services publics, où les fonctionnaires, quelque soit leur métier, sont en diminution régulière, comment peut on croire que de diminuer le délai pour faire la demande d’asile et faire appel puisse ouvrir plus de droit !

L’intersyndicale CFDT, UNSA, Solidaires, CGT, FSU de Loire-Atlantique par sa présence et son soutien à ce meeting et lors de futures actions rappelle que, pour elle, le droit à l’hébergement doit être inconditionnel, que tout doit être mis en œuvre pour que chaque migrant puisse devenir citoyen à part entière de la ville .

poème lu par un migrant

A peine ai-je ouvert la bouche, que les mots qui en sortent ne m’appartiennent plus.
Si je me tiens devant vous ce soir, ce n’est pas en mon nom.
Car ma présence révèle les absences et ma voix n’est déjà plus mienne,
elle est celle de tous les silences.
Au nom de tous les miens,
au nom de ceux qui ne sont plus mais aussi au nom de ceux qui sont toujours, et qui veulent devenir,
voici le périple de nos vies.

Nous sommes des arbres,
orphelins de terre.
Nous sommes le tronc séparé de la racine.
Car c’est déraciné que nous fûmes jetés sur les routes du monde,
à la recherche de l’avenir.
Arrachés,

nous avons été arrachés.

Sur nos sentiers ;
frontières, barrières, péages et barbelés
Et des pays ;
Mali, Mauritanie, Soudan, Algérie, Libye.

Milliers de kilomètres,
horizons à n’en plus finir
que nous traversâmes
à pied,
enchaînés,
à l’arrière du véhicule,
à la nage,
dans un sac,
vendus,
exploités.

Et le vent ardent sur nos visages.
Et les épées du soleil dans notre chair.
Et les crocs acérés de la nuit sur notre sang.

Le désert de nos gorges après les coups et la mer saline, bleue aux reflets verts
tombeau des oubliés.

Et toujours, partout, sans arrêt,
le fusil.
Dans notre dos qui nous pousse hors de nos terres,
le fusil.
Braqué sur nos visages encapuchonnés,
le fusil.
Dans les mains du marchand de mort,
le fusil.
A chaque frontière,
le fusil.
Pour caresser la joue de l’enfant,
le fusil.
Fondu dans l’ombre de la maison,
le fusil.
A chaque frontière,
le fusil

Et jusque dans mon sommeil
l’ombre du fusil.

Il faut le dire, là bas, de l’autre côté,
lorsqu’un homme tombe du fourgon où sont entassés ses semblables,
le véhicule roule, et ne s’arrête pas.

Là bas, plus loin, de l’autre côté de la mer,
certains croupissent des années durant sur les rives de Libye,
d’autres travaillent enchaînés sur les chantiers algériens,
brûlés par les rayons sur la peau vive
et la sueur qui coule dans le sillage des plaies.

Nos vies réduites à des sommes
Nos corps à des bras dans des plantations
Notre dignité à l’insignifiance.
Au seuil de chaque épreuve, notre nombre s’amincissait.

Mais liés par le sort, mêlés par la souffrance
au destin partagé,
nos mains s’unirent, nos doigts s’enlacèrent
pour qu’ensemble enfin,
nous vivions.

Et j’ai couru aux côtés de milliers d’entre nous,
escaladé les barrières, surmonté les barbelés,
suis tombé dans les fosses,
creusées pour nous contenir
Et ce sont des épaules,
anonymes,
qui s’offrirent à moi pour que je rejoigne l’enclave.
Et moi-même,
je tendis le bras pour hisser une femme,
anonyme elle aussi,
si proche pourtant.
Et sans ces épaules, sans elle,
l’odyssée impossible.
Solidaires dans notre solitude,
éprouvés par l’horreur ;
l’union des exilés c’était l’orgueil retrouvé,
la tête relevée face à l’impassibilité des murailles ;
des murailles, des balles et du silence.

Je le dis pour que l’on entende
Je le dis pour que cela ne soit plus que passé
Et je me confronte à l’impossibilité des mots
La parole montre ses limites que l’horreur n’a pas

Toi qui m’écoutes,
seras tu le jardinier ?

Car nous courons toujours,
après ce bout de papier,
ici encore,
nous fuyons le fusil,
toujours,
essuyons continuellement
le froid et les coups.

Au nom des miens,
ce n’est plus la survie, mais la vie que nous voulons.
La promesse du lendemain, pouvoir dormir à nouveau.

Nous sommes des arbres,
orphelins de terre.
Mais nous voulons être boutures.
Et je te le demande
mon ami,
qui sera le jardinier ?















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