Ne pas confondre maintien de l’ordre et maintien de la paix

dimanche 30 avril 2017

Ne pas confondre maintien de l’ordre et maintien de la paix

communiqué CGT, FSU, Solidaires 44

Depuis une vingtaine d’années, chaque 1er mai les unions départementales CGT, FSU, Solidaires défilent ensemble. Cette année la Préfecture a voulu inviter les organisateurs de la manifestation pour échanger sur ses conditions de sécurisation, au regard des risques répétés de débordements qui font peser des responsabilités sur les organisateurs. L’intersyndicale s’est rendue à cette invitation. Sans nier le caractère problématique et contreproductif d’agissements en marge des manifestations, l’intersyndicale a néanmoins émis un avis critique sur plusieurs aspects du dispositif policier à Nantes. Ont ainsi été évoqués des modes d’intervention lors de la dernière manifestation du 25 février 2017 gazant le cortège, le scindant, le parquant au miroir d’eau, improvisant des stratégies de maintien de l’ordre confuses amalgamant les manifestants à des contrevenants. Des organisateurs ont été sans discernement rendus responsables de dégradations qui n’incombent en rien à l’action syndicale.

L’échange la Préfecture a abouti à une proposition faite à l’intersyndicale d’avoir accès – en toute indépendance et sans interférer dans la chaîne commandement – au centre d’information et de commandement de la Police.

Le principe était simple, limité à cette manifestation du 1er mai : comprendre en temps réel les modalités de sécurisation des manifestations publiques. Cela a été proposé sans contrepartie pour que des représentants syndicaux, en relation directe et exclusive avec les secrétaires des unions départementales, puissent lire la situation afin de sécuriser la manifestation. La police d’un côté, les syndicats de l’autre chacun conservaient sans compromission leurs libertés d’appréciation.

Découvrant cet accord voulant servir l’ordre public, le syndicat ALLIANCE Police Nationale 44 a produit un communiqué agressif. Il témoigne de sa grande incompréhension d’une proposition certes originale qui n’affectait cependant en rien la chaîne de commandement de la Police et la liberté d’organisation de la manifestation.

Ciblant la FSU et surtout la CGT, ce syndicat affirme que les organisateurs responsables de manifestations autorisées sur la voie publique n’ont pas leur place pour disposer d’informations en temps réel permettant de servir la sécurité des manifestants.

De nature syndicale, ALLIANCE regroupe des forces de police républicaines, au sein de la fonction publique. La Police – neutre dans le principe et soumise au devoir de réserve – se retrouve au travers de cette expression syndicale publique en opposition ouverte à une volonté préfectorale cherchant à trouver des voies d’amélioration pour mieux garantir le droit de manifester et la sécurité des manifestant-e-s. Ce communiqué traite d’irresponsable une initiative prise pour dépasser les aveuglements et violences à l’origine de dégâts humains. Où peut mener la cécité conduisant à jeter l’opprobre sur la CGT en premier lieu ? Ignorant qu’à Nantes cette organisation n’a été à l’origine d’aucune violence pendant toutes les manifestations du printemps dernier, mais a au contraire subi des agressions et saccages répétés, tout comme d’autres syndicats. Transformer des victimes en coupables n’est pas de bonne méthode ni de grande conscience.

Notre république est exposée au pire. Le 1er mai 2017 est entre deux tours d’une élection à hauts risques pour les libertés fondamentales.

Cette situation exceptionnelle motivait cette initiative elle aussi exceptionnelle destinée à témoigner d’une volonté commune de préservation de principes républicains, du droit à manifester. L’expression décomplexée d’une certaine police a de quoi inquiéter. Elle rappelle en écho des heures très sombres vécues par plus d’un « village français » il n’y a pas si longtemps. La conscience de la république, nos syndicats (alors réunis dans la CGT de l’époque) l’ont portée à la Libération. Plusieurs des nôtres dans la résistance, à Charonne ou ailleurs sont morts de voir la police confondre le maintien de l’ordre et le maintien de la paix. La pluralité de la république existe. Elle doit être respectée.

La présence d’une délégation syndicale au centre de commandement et d’information de la Police n’était ni un signe de collaboration syndicale ni un signe de malveillance syndicale : juste la volonté d’affirmer des droits et les respecter en toute connaissance des enjeux de la cité. Oui, la réaction du syndicat ALLIANCE est inquiétante. Elle révèle en creux un syndrome. La préfecture aura-t-elle la faculté de dénoncer ce communiqué pour le moins dérangeant ?

Nantes le 29 mai















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