La CGT NAVALE STX Saint Nazaire devant la commission d’enquête parlementaire

lundi 4 décembre 2017

Prise de parole CGT NAVALE du Chantier de Saint-Nazaire pour la commission d’enquête parlementaire sur la politique industrielle du 30/11/2017.

Ci-dessous le texte , en vidéo quelques extraits et l’intégralité de la séance ici http://videos.assemblee-nationale.fr/video.5268952_5a1fb7b3… ou https://www.facebook.com/1788617274762221/videos/1855319561425325/

Bonjour à toutes et à tous, nous vous remercions de cette convocation qui nous donne l’occasion de nous exprimer au nom du syndicat CGT navale, sur la vente du chantier de Saint-Nazaire et de ses conséquences pour les salariés. C’est en tout cas ce qui nous préoccupe, en tant que premier syndicat représentatif du site.

En préambule, nous tenons tout d’abord à présenter nos salutations solidaires et fraternelles à tous les salariés des entreprises protagonistes dans le rachat de STX, tant les travailleurs de NAVAL GROUP que les travailleurs de Fincantieri.

Bien que certains cherchent à nous mettre en concurrence, à la CGT des Chantiers nous sommes convaincus que la division des salariés entre eux n’est artificiellement créée qu’à des fins qui sont contraires à leurs intérêts.

D’autre part, nous rappelons, qu’à la CGT navale nous avons coutume de dire que l’on ne choisit pas son patron. Qu’importe sa nationalité ou son statut, seul compte la politique qu’il mène dans l’entreprise.

Et de ce point de vue, l’instabilité actionnariale que nous vivons depuis le début des années 2000 est éclairante.

D’ ALSTOM, groupe industriel français à AKER, groupe industriel européen, jusqu’ à STX groupe industriel coréen, avec au passage une participation importante de l’État à l’actionnariat, c’est bien pourtant la même politique sociale qui a été appliqué par le comité de direction français des chantiers de Saint-Nazaire.

Un comité de direction français qui au passage n’a que très peu changé de visage, malgré les bouleversements actionnariaux. Celui-ci est, semble-t-il, encore assuré de continuer la gestion du chantier naval de Saint-Nazaire avec la vente des actions au groupe italien Fincantieri.

Cela doit-il nous faire craindre que la même politique salariale et la casse des emplois et du statut social continuera au même rythme que nous avons connu jusqu’à aujourd’hui ?

Dès le début de ce dossier de vente qui dure depuis plus d’un an la CGT NAVALE n’a eu de cesse de poser la question :

« Quelles conséquences pour les salariés des sites de Saint-Nazaire et de Lanester (ex-STX Lorient) ? ».

Concernant STX Lorient, les conséquences ont été vite connues ! Malheureusement, 40 licenciements sur 88 salariés et vente le 7 octobre 2016 à Kership… un an après alors que ce chantier était capable de fabriquer un navire de petite taille de A à Z, de sa conception à sa livraison, il a perdu la moitié de ses effectifs et est menacé de chômage partiel. Le tout dans une période de pleine charge pour son ancienne maison mère de Saint-Nazaire et alors que les capacités de production de celle-ci sont dans le rouge.

Même si aujourd’hui le site de Lanester ne fait plus partie du dossier puisque vendu avant la cession à FINCANTIERI, il illustre l’aspect irrationnel de ces ventes d’actions, détruisant des capacités de production au moment même où le marché se porte bien et licenciant des travailleurs qualifiés à l’heure où le patronat prétend ne trouver personne à embaucher.

Concernant Saint-Nazaire, le chantier a connu du point de vue de ses effectifs et des conditions sociales une dégringolade ininterrompue depuis les années 2000, si ce n’est par la résistance des travailleurs du site.

Là où au début des années 2000, il y avait 2500 ouvriers en CDI, nous sommes maintenant plus que 900 ouvriers STX.

8000 travailleurs sont sur le site, dont 2600 en CDI STX. Plus de 300 entreprises sous-traitantes et de 2000 à 3000 travailleurs dit « détachés » venus de plus de dix pays différents.

Le chantier est devenu un véritable laboratoire de dérégulation sociale et cela s’est opéré en l’espace de quelques années, avec parfois des échos médiatiques et l’intervention de certains services de l’État pour contrer cette situation.
Il faut dire qu’au début des années 2000, les affaires liées à l’exploitation débridée de la sous-traitance défrayaient la chronique.

Nous étions dans la mise en place de ce que la direction appelait dans une note de service de 2001 « MONTAGE EXOTIQUE », prévoyant l’exploitation de milliers de travailleurs d’autres pays où la vie est plus dure encore qu’ici.

Le 9 février 2006 une quarantaine d’inspecteurs et de contrôleurs du travail montaient à bord du paquebot Musica, en construction aux chantiers navals de Saint-Nazaire. Une véritable opération coup-de-poing, exceptionnelle dans son ampleur.
127 entreprises et 645 salariés ont été contrôlés en trois heures.

16 procès-verbaux ont été dressés, 45 infractions relevées pour prêt illicite de main-d’œuvre, marchandage, emploi d’étrangers sans titre de travail…
En mars 2009, les Chantiers de l’Atlantique et son PDG Patrick BOISSIER étaient mis en examen.

La CGT et la CFDT s’étaient portées partie civile mais la chambre d’instruction a prononcé le non-lieu. La CGT a fait appel, allant jusqu’au bout de la démarche, mais sans résultat.

Aujourd’hui encore nous vivons la même période, si ce n’est que les choses se sont aggravées dans leurs proportions.

On peut entendre dire ici ou là que cette exploitation accrue des travailleurs permet d’obtenir des marchés et de continuer à avoir de l’emploi. C’est une façon de voir les choses, mais seuls ceux qui tirent leur épingle du jeu de cette situation sont capables de défendre de tels discours. Ce sont souvent les mêmes personnes qui mettent en avant les contrats les plus précaires comme le CDI de chantier, et qui en expert, disent qu’il faut s’y résoudre.

Avec l’importance du carnet de commande pour les dix ans à venir, on voit pourtant bien que ce ne sont pas les sacrifices demandés aux salariés (accord de compétitivité, flexibilité, précarité) qui font les commandes, mais bien le marché de la croisière qui est en expansion, ou plus précisément dont les armateurs spéculent l’expansion, notamment en Asie.

En ce qui nous concerne, outre les garanties industrielles demandées en intersyndicale, la CGT a revendiqué un changement de politique et demandé que les futurs acquéreurs du Chantier se prononcent sur les investissements sociaux et industriels nécessaires pour le présent et l’avenir.

Avec un taux de chômage de 8.4% à Saint-Nazaire, en début 2017, et l’utilisation massive de l’intérim tout au long de l’année, il est possible dès maintenant de créer un plan massif d’embauche en CDI de plusieurs centaines de salariés, ouvriers et techniciens, en parallèle d’un plan massif de formation permettant de transmettre les compétences. La pyramide des âges catastrophique notamment dans les catégories ouvrières, autour de 43 ans, ne permet plus d’hésitations.

Mais pour cela, il faut aussi de l’attractivité. Et de voir des jeunes embauchés quitter l’entreprise au bout de quelques mois faute d’un salaire leur permettant de vivre n’est pas acceptable. Doit-on rappeler que l’on trouve sur le site des travailleurs avec des taux horaires en salaire de base en dessous du taux horaire du SMIC ? Ce phénomène qui n’est pas marginal illustre l’état des salaires de l’ensemble des professions sur le site.

Aucun des protagonistes de la vente des chantiers, pas même l’État, ne s’est prononcé sur ces revendications qui sont pourtant l’essentiel de la vie des salariés sur le site. Nous avons ressenti pour notre part tout de suite que les préoccupations des actionnaires, État français compris, n’étaient pas là.

Alors que les capacités de production navale permettent de construire des navires de toutes tailles, de tous types, cette vente illustre que le système économique tel qu’il est ne s’intéresse pas aux besoins de la population et comment y faire face, mais s’intéresse à ce qui peut se vendre à court terme pour dégager de meilleurs profits pour les actionnaires, détenteurs de capitaux.

Aujourd’hui la production est orientée vers les paquebots de grandes tailles et les navires militaires de fort tonnage à Saint-Nazaire. Mais qu’en sera-t-il demain et avec quelles conséquences sociales ? Aujourd’hui cela se fait en détruisant des capacités de production et les emplois qui vont avec dans d’autres endroits. La CGT navale réaffirme d’ailleurs à ce propos concernant le militaire, que la destruction des emplois dans les arsenaux n’est pas acceptable.

Pour conclure, nous pensons que la vente des Chantiers a donné l’occasion aux protectionnistes et nationalistes de tout poil de faire de la mousse politicienne à bon compte et sur le dos des salariés. La situation que nous décrivons doit être prise en compte et il doit y avoir une réponse. Pour la CGT NAVALE cette réponse ne se fera pas sans l’intervention des salariés eux-mêmes pour défendre leurs emplois et leurs capacités de vivre dignement de leur travail.















Accueil du site |  Site réalisé par la Cgt et propulsé par SPIP.