Vers la fin de la médecine du Travail

mercredi 6 juillet 2016

Revenons sur le très mal nommé article 44 de la loi travail intitulé « Moderniser la médecine du travail ».

Afin de se faire une idée un peu plus précise de l’objectif réellement poursuivi, nous conseillons de remplacez ce titre par « Mettre à mal les institutions garantes du droit à la santé des travailleurs, en premier lieu la médecine du travail ».

Pour bien mesurer les conséquences qu’entrainerait l’adoption de la loi travail sur la protection de la santé des salariés, examinons dans le détail ce que prévoit l’article 44 :

  • - la visite d’embauche est supprimée sauf dans le cas des salariés occupant un poste à risques. Elle est remplacée par une simple visite d’information et de prévention auprès de personnes autres que le médecin du travail.
    Commentaire : dans un contexte d’emploi précarisé et de sous traitance généralisée, cette visite aurait surtout pour objectif de renforcer la responsabilité individuelle du salarié quand aux risques qu’il encourt.
  • - les visites périodiques sont supprimées sauf pour les salariés occupant un emploi à risques.
    Commentaire : la meilleure manière de ne pas s’occuper de l’altération de la santé des travailleurs du fait du travail est de briser toute visibilité : pas de visite médicale, pas de traces des problèmes de santé et de leurs causes.
  • - en cas de difficulté ou de désaccord du salarié ou de l’employeur avec le médecin du travail, saisine en premier ressort du Conseil de prud’hommes, avec désignation d’un médecin-expert dont l’avis se substituera à celui du médecin du travail.
    Commentaire : disposition gravissime, la fonction préventive de la médecine du travail disparaitrait complètement au profit d’une médecine de tri et de sélection, afin d’éliminer non pas les risques du travail mais les "travailleurs à risque".

Dans un contexte de pénurie organisée des médecins du travail, le projet de loi Travail a pour but de s’affranchir des règles de droit inscrites dans le code du travail visant à opposer à la liberté de l’employeur le droit inaliénable et fondamental du travailleur salarié à ne pas risquer sa santé, voire sa vie, en travaillant.

Très courageusement, au dernier congrès des médecins du Travail, la ministre Khomri s’est contenté d’une intervention en vidéo. Intervention copieusement huée par les participant-es !

Voici quelques commentaires relevés dans la presse : "C’était une belle homélie funèbre", "décalage énorme entre ceux qui font les lois et la réalité du monde de l’entreprise", où "les managers savent d’abord ostraciser les canards noirs, pas être bienveillants". "Qu’on arrête de nous dire ce qu’on doit faire",...

Alors que seulement 5.000 médecins du travail, âgés, pour 40% d’entre eux, de plus de 60 ans, ont en charge 17 millions de salariés et qu’ils ne seront plus que 2.500 à l’horizon 2020, il s’agit avant tout de trouver des candidats au remplacement de ceux qui partent, rappellent les professionnels.













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