Manif nationale du 14 juin : communiqué et témoignages

samedi 18 juin 2016

Devant l’assaut politique et médiatique contre les manifestant-es du 14 juin,
voici quelques témoignages glanés à droite et à gauche

La manifestation nationale à Paris a incontestablement été un succès. 1 millions de manifestants (1,3 millions dans toute la France) ont réaffirmé leur opposition à ce projet de loi rétrograde au service du patronat et de la finance. Malgré ce nouveau revers pour le gouvernement, celui-ci campe sur ses positions et cherche, de nouveau, à décrédibiliser le mouvement social et singulièrement la CGT. Après avoir été insultés, qualifiés de « preneurs d’otages », de « terroristes », nous voici assimilés à la casse qui s’est déroulée dans les rues de la capitale. Valls n’hésite pas à incriminer notre service d’ordre qui serait « débordé » et souhaite nous empêcher de, désormais, manifester à Paris. Vous pourrez prendre connaissance ducommuniqué confédéral en réponse aux mensonges de Manuel Vals

Ces attaques répétées, et largement véhiculées par les médias au service du pouvoir, ne nous arrêteront pas. Elles sont le signe d’une fébrilité gouvernementale qui nous laisse à penser que nous sommes sur la voie de la victoire.

Aussi, nous devons poursuivre et redoubler les initiatives d’actions.

Sur l’instrumentalisation des vitres de l’hôpital Necker - Témoignage d’un parent

"Lorsqu’ils mettent sur le même plan « émotionnel » des plaques de verres cassées et ces centaines de milliers de familles éprouvées, MM. Valls et Cazeneuve, n’ont-ils pas honte ?"

Hier, il y avait des centaines de milliers de manifestants dans les rues de Paris. En tête, des milliers de personnes, cagoulées ou non, syndiquées ou pas, se sont retrouvées pour tenir la dragée haute à un dispositif policier hors norme.

Je comprends facilement ce qu’il peut y avoir de désespérant là-dedans pour le gouvernement. Alors que l’on pouvait imaginer qu’au fil des semaines et des mois, la rue se fatigue et la violence soit de plus en plus isolée, c’est tout le contraire qui se passe : la peur de la police ne dissuade pas.

Hier, les manifestants ont commis de nombreuses dégradations. Pour celles que j’ai pu constater, elles étaient toutes « ciblées » : banques, assurances et publicités. Je ne suis pas sûr que cela nécessite beaucoup de débat. Il n’est pas certain que le monde de la finance tremble à chaque fois qu’un distributeur de billet est vandalisé mais que la jeunesse y voit un symbole, je le comprends parfaitement. Qu’une assurance doive appeler son assureur et demander le coût de la franchise, je dois avouer que lorsque j’y ai pensé, ça m’a fait rigoler. Ces gens engrangent des milliards en ponctionnant la solidarité. Quant aux publicités détruites, c’est — malgré la méthode—, la meilleure chose qui puisse leur arriver.

Au milieu de tout cela, quelques vitres de l’hôpital Necker ont été brisées. Bien que les vitres en question n’aient pas d’autre rôle que celui d’isolant thermique : j’en conviens grandement, ce n’est pas très malin.

Certes, briser les vitres d’un hôpital, même par mégarde, c’est idiot ; mais sauter sur l’occasion pour instrumentaliser la détresse des enfants malades et de leurs parents pour décrédibiliser un mouvement social, c’est indécent et inacceptable. Et c’est pourtant la stratégie de communication mise en œuvre depuis hier, par MM. Cazeneuve et Valls. Allègrement reprise par la droite et relayée sur un plateau doré par tous les médias.

Je le dis d’autant plus volontiers que l’hôpital Necker, j’y ai passé beaucoup de temps et que la détresse et l’angoisse des parents d’enfants très malades, je vois particulièrement bien ce que c’est. Instrumentaliser cette souffrance à des fins aussi bassement politiciennes est abjecte.

Cette indécence est d’autant plus choquante lorsque l’on connaît la situation de l’hôpital public aujourd’hui. MM. Valls et Cazeneuve, « révoltés » du fond du cœur par cinq vitres brisées, le sont-ils autant par les conditions de travail effarantes des personnels hospitaliers ? Lorsqu’un généticien clinique doit travailler 70h par semaine car la direction de son hôpital n’a pas les moyens d’employer un nouveau docteur ni même une secrétaire, qu’elles en sont les conséquences sur tous ces gentils petits enfants malades au chevet desquels nos ministres accourent depuis hier ? Quand les aides-soignantes et les infirmières sont épuisées, usées jusqu’à la moëlle et rémunérées au minimum, qu’en est-il de la qualité des soins et de l’attention nécessaires à ceux qui passent des mois voire des années dans des couloirs d’hôpitaux ?

Lorsqu’ils mettent sur le même plan « émotionnel » des plaques de verres cassées et ces centaines de milliers de familles éprouvées, MM. Valls et Cazeneuve, n’ont-ils pas honte ? Et tous ces journalistes qui ont titré sur cet horrible assaut contre l’hôpital des « enfants malades », prennent-ils la mesure du sens de leurs mots ?

La palme de l’infamie revient évidemment à M. Cazeneuve qui a tout de même réussi à ajouter à l’équation le fils des deux policiers tués avant-hier.

Des centaines de milliers de personnes défient le gouvernement dans la rue. Une ou deux cassent le double vitrage d’un hôpital. Une ordure tue deux policiers à l’arme blanche. Leur fils de trois ans est en soin à Necker. M. Cazeneuve établi un rapport émotionnel, affectif et psychique entre ces deux séries de faits : le lutte contre la Loi Travail et son gouvernement, le choc produit par la brutalité de ce double meurtre et la situation dramatique de cet enfant. Si les jeunes émeutiers qui ont cassé les vitres de Necker ont été idiots, MM. Valls et Cazeneuve, eux, sont obscènes.

Plutôt que de courir les plateaux télés pour dire des conneries pareilles, retirez la loi travail, financez correctement les hôpitaux et épargnez aux enfants et à leurs parents votre ignoble instrumentalisation. Merci d’avance.

Un parent d’enfant très malade de l’hôpital Necker.
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témoignage du secrétaire FSU Allier

Nous y étions, et nous rentrons ce soir en sachant qu’il fallait y être. La manifestation centrale du 14 juin, ce fut avant tout et essentiellement, sachez-le vous qui viendrez à nous lire après avoir vu tout autre chose à la télé, des centaines et des centaines de milliers de salariés, de jeunes, d’ouvriers, d’employés, de retraités, structurés dans et par leurs syndicats – LEURS syndicats.

Place d’Italie, plus d’une heure avant le départ de la manifestation, c’était à la fois le regroupement par syndicats et le joyeux mélange, entre la CGT du Havre et, impressionnante de force physique et de dignité humaine, la mobilisation des dockers, des marins et de leurs familles, les femmes de ménage FO de Marseille, la FSU d’Ile-de-France et notre escadron d’auvergnats, bourbonnais, vellaves et cantalous, l’Union locale CGT de Valencienne, la CGT de Toyota, de nombreuses délégations d’entreprises présentes en tant que telles, sans oublier ce courageux groupe de militants UNSA du commerce de Paris, en désaccord avec leur organisation sur le travail du dimanche puis sur la loi El Khomri.

Quand la manifestation se met en branle, c’est une formidable impression de force et de combativité, qui lui confère un caractère inédit, celui de tout ce mouvement, nouvelle étape différente de ce que l’on a pu connaître en 1995, 2003, 2006, 2010. A la fois structuré, essentiellement par les unions départementales et locales CGT et CGT-FO, et fraternellement mélangé, avec des mots-d’ordre et pas seulement de la musique, dans une cacophonie totale d’où émerge l’unité d’un refus, un refus porteur d’avenir.

Plus âpre en effet, plus déterminé à continuer, en rupture avec le gouvernement, avec l’ordre existant : c’est sans doute cela ce « cancer syndicaliste révolutionnaire » récurrent en France que dénonçait voici quelques temps le journal Le Point (en l’amalgamant à Jacques Duclos et à … Pétain !), si l’on se rappelle que dans notre pays le syndicalisme est né d’une volonté de sécession, d’auto-affirmation et d’élevation des opprimés. Mais à faire ainsi sécession, ne serions nous pas la majorité ?

Tout de suite, nous constatons ce fait étrange pour des provinciaux, auquel les manifestants parisiens sont « habitués » si l’on peut dire : le positionnement agressif des forces de police – une agressivité qui n’est pas forcément le fait des fonctionnaires de police ainsi placés mais qui résulte de la volonté politique de ceux qui les commandent, au plus prés de la manifestation, bouclier au sol en position de pré-attaque, ostentible et serrée : vous ne pourrez plus rentrer dans la manifestation, et pour sortir il faudra montrer patte blanche pour quémander l’autorisation, en arrachant tout badge. Ainsi était fourni le terrain de premiers incidents, des groupes de cagoulés, peu nombreux et très mobiles, non identifiables, surgissant pour provoquer ces forces de police en combat singulier, étranger à la mobilisation des centaines de milliers de manifestants. Et immédiatement ces combats se déclenchent, prenant les manifestants en otages, tous bombardés de lacrymos et de gaz de couleur orange. L’une d’entre nous s’est ainsi vu chassée de force de la manifestation, et, après un passage en pharmacie pour ses yeux, s’est vu interdire le retour en manifestation par les rues latérales (les passagers de 30 bus du Nord et du Pas-de-Calais n’auraient pas pu, de même, rejoindre la manifestation !).

C’est l’un de ces groupes non identifiés qui a caillassé l’hôpital Necker pour enfants, fournissant des images que d’autres crétins, tout aussi irresponsables qu’eux, font tourner en boucle en nous accusant, nous, les grévistes et les manifestants, d’avoir attaqué un hôpital pour enfants malades !

Les appels préfectoraux à ce que les manifestants « se désolidarisent des casseurs » sont contredits par l’impossibilité physique, organisée et voulue par la même préfecture de police, faite aux manifestants à échapper au gaz et aux charges dans les situations délibérément gérées dans cette intention. Un manifestant, boulevard Montparnasse a reçu une grenade dans le dos et se trouve dans un état grave.

Cela dit, la grande majorité d’entre nous n’a rien subi d’autre que l’odeur des gaz devant la manif. Etre victime d’une de ces attaques latérales, en réalité peu nombreuses, relevait du hasard malchanceux du petit jeu de la provocation et de la charge de manifestants préalablement coincés dans une nasse, petit jeu qui culmina lorsque la tête de manifestation est arrivée aux Invalides, où le combat singulier entre cagoulés et force de police a bloqué de nombreux cars attendant les manifestants, en endommageant certains.

Un appareil policier qui est capable de ceinturer un million de personnes est en même temps disposé de façon à ce que s’installe en permanence une zone d’insécurité devant la tête de manifestation. Cette étrange gestion de la rue est l’une des innovations de M.M. Valls et Cazeneuve. Aux côtés des Papon, des Marcellin et des Pasqua, ils resteront aussi dans l’histoire pour cela, si ce n’est que pour cela. S’il n’y a pas de morts à ce jour, soyons clairs : ils n’y sont pour rien. C’est la responsabilité des manifestants et d’une partie des fonctionnaires de police qui l’a évité.

Quand, vers 17h, la tête de manif est arrivée aux Invalides, on apprend que la foule est toujours en train de piétiner au point de départ place d’Italie. Ce fait, la densité des rangs dans une large avenue, et la présence de manifestants et de drapeaux dans toute les rues adjacentes malgré le ceinturage des boulevards, et d’ailleurs sans incidents, tout cela rend crédible le chiffre du million, plus 300 000 dans toute la France.

Le choix politique d’annoncer « 125 000 manifestants dans toute la France », en même temps que M. Cazeneuve prétend qu’il « y avait des hordes de manifestants violents »– des hordes, ainsi parle le ministre de l’Intérieur- relève d’une volonté agressive de combat et de déni. Ceux qui y étaient savent, et par le canal de leurs organisations, de leurs collègues, de leurs amis et parents, ils feront savoir. Nous sommes en réalité la majorité.

Pourquoi ce gouvernement fait-il le choix du mensonge, le choix de la violence ? La réponse est donnée par exemple dans les propos du premier ministre rapportés en page 2 du Canard Enchaîné de ce mercredi (la source la plus fiable s’agissant des débats intra-gouvernementaux) : si nous cédons, explique-t-il, la droite au pouvoir n’ y arrivera pas non plus.

En effet. Il s’agit aujourd’hui de faire caler une politique minoritaire, antisociale. Le syndicalisme doit mener cette bataille. La responsabilité, la modération, le réformisme, c’est d’exiger jusqu’au bout le retrait de la loi El Khomri, le retrait de toute la politique qu’elle représente – dans l’enseignement la réforme du collège et la casse de tout ce qui reste d’égalité devant l’instruction – sans craindre que par effet collatéral ce sens syndical des responsabilité ne conduise à l’effondrement de l’exécutif, voire du régime. Les incendiaires irresponsables sont ceux qui voudraient à tout prix les préserver.

Ecrit à chaud et en assumant chaque mot, en ce soir du 14 juin.

Vincent Présumey (secrétaire départemental de la FSU de l’Allier).













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