Motion en CA des enseignant.es du Lycée Pro Goussier

mardi 15 octobre 2019

Motion présentée au CA du 10 octobre 2019 par les élus enseignants

Nous réaffirmons l’opposition à la réforme de la voie professionnelle, que nous avons exprimée tout au long de l’année dernière, par différents modes d’action qui étaient justes et légitimes étant donné la gravité des enjeux.

Déjà, nous avons alerté sur le fait que cette réforme va se révéler inapplicable, à cause des contraintes qu’elle fait peser sur la construction des emplois du temps, et sur la gestion administrative des flux d’élèves. Nous constatons que les emplois du temps sont dégradés. Pour rappel, l’importance de l’emploi du temps n’est pas négligeable et influence beaucoup une année scolaire pour les élèves comme pour les professeurs. Pour les enseignants qui restent dans le lycée entre deux heures de cours, il n’y a pas du tout d’espace pour travailler.

Les problèmes concrets s’accumulent : le nombre d’heures positionnées entre 12h et 14h est de plus en plus important, la pause de midi est étriquée pour beaucoup d’élèves et d’enseignants. Les cours d’1h30 sont de plus en plus nombreux. Nous souhaitons des précisions sur la durée exacte de ces séances, et la gestion de la récréation au milieu de ces cours.

Nous déplorons toujours la perte d’heures d’enseignement en français en mathématiques et en arts appliqués, et l’appauvrissement des programmes, ce qui est une catastrophe étant donné les besoins des élèves qui arrivent dans les lycées professionnels. Notre activité pédagogique visait à leur redonner confiance, et à réparer les difficultés accumulées à l’école primaire, et au collège. Les enseignements généraux sont là pour donner aux élèves une culture, des outils pour analyser le monde dans lequel ils vivent et pour s’y investir. Et aussi pour leur faire acquérir des bases qui leur permettent à long terme d’évoluer dans leurs parcours. Ces objectifs sont largement abandonnés.

Nous continuons à nous interroger sur les programmes : on demande de trouver dans les classes des éco-délégués élèves, mais en seconde, à titre d’exemple, disparition des sujets : nourrir les hommes, les sociétés face au risque (risques naturels et risques industriels), les inégalités, l’énergie. Ces quatre sujets sont tous abordés dans les récents rapports du GIEC sur le réchauffement climatique. La manière dont les programmes ont été construits est consternante.

En enseignement professionnel, la perte des heures se fait également au détriment de la qualité de la formation et au prix d’une baisse des niveaux de qualification, pour les élèves les plus fragiles.

Les chefs d’œuvre sont mis en place dans des conditions compliquées. Dans certaines disciplines, ou certains secteurs, ils sont prévus en HSE. Et les HSE ne sont pas obligatoires. Et même dans le cas où les enseignants acceptent de travailler en HSE, reste la question du pilotage du projet, car un enseignant ne peut pas gérer les emplois du temps de ses collègues.

Nous sommes toujours opposés au mixage des parcours dans les classes. Nous estimons que la généralisation du mixage est une décision idéologique, qui casse les groupes classes, individualise les parcours et cela finit par détruire les repères collectifs, favoriser l’individualisme, à isoler chaque élève dans ses problèmes.

D’autre part, dans certaines classes, les situations des élèves sont tellement différentes les unes des autres, que les progressions sont très ralenties. Le nombre d’immersions en seconde augmente sans cesse. A chaque fois on nous dit d’individualiser nos pratiques mais nous restons très attachés à une gestion collective de la classe, qui oblige par exemple les élèves à une écoute des autres. Le mixage des publics se fait au détriment du travail de tous les élèves.

Le CHSCT ministériel a émis récemment un avis, signalant les risques-psycho sociaux que fait courir aux personnels la réforme de la voie pro. Nous n’avons pas de médecine du travail. Nous travaillons avec des élèves parfois difficiles, qui sont eux-mêmes en souffrance. Et les cas de harcèlement sont de plus en plus nombreux. Nous demandons à l’administration de prendre ses responsabilités, d’alerter sur les signes de dégradation de l’état de santé des personnels et de mettre en place une vraie médecine du travail dans l’éducation nationale.

Nous alertons également sur l’état de santé des élèves, certains d’entre eux, plutôt nombreux, semblent avoir des problèmes de sommeil inquiétants. Et beaucoup de familles sont confrontées à des difficultés économiques et sociales très importantes, la vie personnelle des élèves est parfois très dure.

D’autre part, nous signalons d’autres problèmes qui viennent encore compliquer la rentrée :

  • - impossibilité de faire passer aux élèves les tests d’entrée en seconde, le matériel étant insuffisant, ou déficient. Certains élèves ont fini par ne pas du tout suivre les consignes, et on peut dire que les résultats n’ont aucune valeur.
  • - e-lyco et pronote ne fonctionnent pas correctement. La direction du lycée a fait le choix d’utiliser pronote pour le cahier de textes et la messagerie mais est-ce que la Région est informée de ce choix ? Quel est le coût de ces services ? Sur pronote, il y a entre autres une modification du suivi des absences des élèves, pour l’enseignant qui fait l’appel et qui n’a plus d’informations sur les absences de l’élève dans la journée. D’une manière générale, toutes les modifications sur ces outils sont faites sans aucune consultation des personnels.

Nous recevons chaque jour un nombre croissant de mails dans notre boite académique : 25 mails en moyenne pour certains enseignants. Quel est le sens de cette accumulation ? En quoi peut-elle nous aider dans nos pratiques ? Nous alertons à ce sujet, car à un moment nous ne pourrons plus lire les informations vraiment essentielles, ce qui pourra s’avérer dangereux.

Nous demandons que cette motion soit intégrée au PV du CA.

Et, question importante, nous ne savons pas quelles informations les établissements transmettent au rectorat sur la mise en œuvre de la réforme et les dysfonctionnements, et si un suivi et une évaluation ont été prévus. Nous posons la question pour le LP Goussier, mais également pour les autres établissements, où la situation à la rentrée est particulièrement compliquée.















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