Retour sur la manifestation suite au meurtre d’un travailleur social à Nantes

vendredi 3 avril 2015

Nantes, réassurer le travail

Le 2 avril 2015 , 3.000 personnes ont répondu à l’appel de l’intersyndicale CFDT, CGT, FO, FSU, SOLIDAIRES et UNSA pour rendre un hommage à Jacques, éducateur spécialisé, tué dans l’exercice de ses fonctions. Ses collègues se sont exprimés sur la détérioration de leurs conditions travail, sur leurs difficultés à remplir leurs missions de prise en charge. Une délégation de l’intersyndicale a été reçue par le Préfet et le Représentant du Conseil Départemental.

Déjà en février 2011, suite au meurtre d’une jeune (suivie par les services de protection l’enfance), les professionnels du travail social de la région Nantes dans la rue avec les magistrats, afin de dénoncer le manque le manque flagrant de moyens auxquels tous ces services sont quotidiennement confrontés ».
Il est de la responsabilité responsabilité de la CGT de rappeler aux employeurs leur obligation d’assurer la sécurité des salariés comme énoncé par le Code du Travail et les statuts de la Fonction Publique. L’employeur doit doit prendre les mesures indispensables pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Il ne s’agit pas là d’une obligation de moyens mais bien de résultat.

Avec les professionnels, la CGT réaffirme son opposition au travail isolé...

Communiqué de presse CGT - réassurer le travail social

Prise de parole intersyndicale 44
MANIFESTATION SALARIE-E-S DU SOCIAL ET DU MEDICO-SOCIAL
Jeudi 2 avril 2015

Voilà maintenant 15 jours, à Nantes, un travailleur social était victime d’une violence effroyable et meurtrière dans l’exercice de son métier. Au-delà des émotions ressenties, il nous incombe de réfléchir aux questions que cette mort tragique soulève pour nos professions.

Aujourd’hui, nous nous identifions à notre collègue, et chacune, chacun a conscience que cela aurait pu lui arriver…et chacune, chacun se rappelle les alertes qu’il a pu exprimer.

Il est important et urgent que nous parlions de notre travail et de nos missions.
Nous devons interpeller les donneurs d’ordre des politiques sociales qui mettent notre secteur professionnel sous tension. Déjà, en février 2011, suite au meurtre d’une jeune suivie par les services de la protection de l’enfance, assassinée par un autre jeune connu de nos services et de la justice, nous étions dans la rue, avec les magistrats, pour dénoncer, je cite, « le manque flagrant de moyens auxquels tous les services de la justice et de l’action sociale sont quotidiennement confrontés ». Des magistrats débordés, qui prennent des décisions qui ne peuvent être exécutées. Comme il y a 4 ans, plus d’une centaine de placements sont en attente, et plus d’une centaine de mesures AIEMF ne sont pas mises en œuvre.

Dans ce contexte, il nous faut interroger la pertinence des décisions prises. Il est urgent que les magistrats évaluent la prééminence du droit aux liens familiaux, ils doivent s’interroger sur les conséquences de leurs décisions.

Il est urgent que les services du conseil général à leur tour apprécient la pertinence d’une orientation, d’une décision, et s’interrogent sur sa faisabilité.
Il est urgent que les présidences des associations, les directions des établissements, apprécient, à leur tour, la capacité de leurs propres services à mettre en œuvre ces décisions.

Elles doivent se rappeler de l’obligation qu’elles ont d’assurer la sécurité de leurs salariés. En matière de santé sécurité, le code du travail pour les salariés du privé et les décrets pour les fonctionnaires sont sans ambiguïté : « L’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs ». Il ne s’agit pas d’une obligation de proposition de moyens, mais bien une obligation de résultat. Les directions doivent savoir refuser la prise en charge de situations qui mettent en danger leurs salariés.

Les dirigeants de nos institutions doivent revoir leurs priorisations : NON, les institutions ne sont pas qu’au service des personnes qu’elles accueillent pour les accompagner, les soigner, les éduquer. Les institutions (sont aussi au service) doivent prendre en compte les besoins exprimés par leurs agents, leurs salariés, pour que ceux-ci puissent accompagner, soigner, éduquer.

Et c’est bien la confiance retrouvée dans nos institutions, la confiance retrouvée dans la réalité de leur écoute, de la compréhension des paradoxes de nos missions, de l’analyse des différentes pressions qui s’y exercent, et de l’acceptation des limites de nos capacités…c’est bien la confiance retrouvée dans cette protection, qui doit pouvoir nous permettre de reprendre le travail plus sereinement.

Est venu le temps où il nous faut dire la solitude de nos interventions, les limites de la mise en danger. Et cela doit être entendu.

Et doit venir le moment où celles et ceux qui ont la charge de l’intervention, qui sont au bout de la chaîne de décision, puissent se poser la question : « Est ce que je vais être en danger ? …grave ?…imminent ?… dois-je utiliser mon droit de retrait ?… »

Mais surtout viendra cette question : « Est ce que je vais être entendu ?… »

Entendu tout d’abord par ses propres collègues, pour que cette inquiétude, cette angoisse soit reconnue, qu’elle ne soit pas disqualifiée comme une maladie honteuse, un échec personnel. Afin qu’elle soit portée, assumée collectivement, et que les orientations, les décisions puissent être revues, et ré appréciées à temps. Pour que nos risques professionnels soient reconnus pour ce qu’ils sont : non
pas des risques psycho-sociaux qui nous abandonnent dans l’impasse de l’individualisation, mais bien des risques de l’organisation de notre travail.

Il nous faudra donc aussi prendre nos responsabilités envers nos collègues directs.
Dans nos métiers, nous avons à faire preuve d’empathie pour les personnes dans nos missions d’accompagnement, de soin, d’éducation. Dans nos métiers, nous avons à analyser, à comprendre les conséquences de la souffrance psychique… et nous ne serions pas capables de reconnaître celle de notre collègue !? L’acceptation de nos limites, la reconnaissance de celles de nos collègues, la mise en oeuvre du droit de retrait pour danger grave et imminent doivent trouver leurs places dans nos pratiques professionnelles.

Les organisations syndicales ont la charge de permettre l’expression des salariés sur leurs conditions de travail. Notre collègue n’a pas eu la reconnaissance de la nation qu’il aurait du recevoir, la dangerosité n’est pas reconnue. Nous aurons à recueillir et traduire dans un livre noir le peu de considération dans laquelle notre champ professionnel est tenu, et imposer un autre regard sur notre travail et ses conditions d’exercice.

Nous sommes dans des métiers que nous avons choisis.

Nous avons fait le choix de l’humanité, pas celle de sa destruction.

En mémoire de notre collègue, en signe de fraternité avec ses proches, et pour nous tous, nous devons réaffirmer notre volonté de mettre en oeuvre cette humanité, et nous devons retrouver la sérénité pour pouvoir le faire.

Nous devons aussi penser à cette femme qui s’est trouvée exposée au même risque, qui a failli perdre la vie et qui s’en sortira meurtrie et traumatisée…Nous devons aussi penser à son enfant que nous n’avons pu protéger alors que c’est notre « raison d’être » professionnelle…

  • Nous en avons assez des remises en cause de nos métiers, de nos qualifications.
  • Nous en avons assez du manque de moyens humains et financiers, des logiques financières de rentabilité, de baisses de budget, d’effectifs insuffisants, du travail dans l’urgence.
  • Nous en avons assez que notre expertise professionnelle ne soit pas prise en compte.
  • Est venu le moment où chacune et chacun, à sa place, doit se rappeler, doit mesurer les conséquences des appréciations des situations, des décisions liées à nos missions professionnelles. Il ne faut pas laisser seuls celles et ceux qui les mettent en œuvre, et il nous faut accepter d’entendre les limites que peuvent atteindre, différemment, chacune et chacun d’entre nous.

Oui, nos métiers sont des beaux métiers. Pour qu’ils le restent, que chacune et chacun prenne soin de soi, et pour cela, que chacune et chacun prenne soin des autres collègues qui l’entourent.

Pour qu’ils le restent, les responsables politiques, institutionnels et patronaux ont des obligations envers nous, envers les usagers, ils doivent nous donner les moyens de bien travailler.

L’un des membres de son équipe nous l’a rappelé au moment de l’hommage à Jacques lundi dernier : Non, notre collègue ne faisait pas ce métier pour terminer comme cela… … Nous non plus !!!

C’est pourquoi, cette mobilisation a vocation à se poursuivre et s’amplifier pour nous faire entendre.

Nos organisations syndicales CFDT, CGT, FSU, Sud Santé Sociaux et UNSA seront reçues en délégation par la Préfecture et le Conseil Départemental ce jour et nous entendons porter, fort de cette mobilisation, cette expression. Nous leur demanderons des comptes sur les mesures urgentes qu’ils prendront pour nous protéger, nous permettre de travailler.

Nous leur demanderons également de nous donner rapidement les moyens d’un large du débat avec les salariés du social et du médico-social du département autour des conditions de travail.

Tous ensemble, agissons pour le travail social et médico-social, agissons pour nos conditions de travail, agissons pour nos métiers.















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